-"Pourquoi y'a que pour quelques pékins pas cons qu'y a pas qu'un pic, mais un paquet de
pics ?" s'interroge le Pic vert en martyrisant la surface du tronc.
-"Moi, je me pique de le savoir" répondra ce dernier sur l'air des cactus, pour
peu qu'il se prénomme Jacques (hu, hu, hu).
| Par cette frappante question, notre volatile dénonce l'immense majorité des
promeneurs sylvestres, qui ne savent baptiser les différents oiseaux grimpeurs autrement
que par le standard "pivert". C'est par trop réducteur. Vous vous imaginez, vous, nommer
"chat" tout représentant des félins ? Si oui, allez donc faire un tour dans la fosse
aux tigres du zoo de Vincennes, muni d'une boîte de Ronron, et revenez m'en parler (si vous
pouvez). Le Pic vert est le membre le plus connu de l'ordre des piciformes, ces oiseaux qui entretiennent leur santé en pratiquant la natation...(blanc)... mais naann, j'rigole. Dans les piciformes, nous avons les picidés, la famille des pics. |
![]() © La Plume - Renan Levaillant |
Les pics ont une morphologie commune très caractéristique :
aptitude à grimper grâce à des doigts en opposition (4 sauf avis contraire,
voir plus loin), de robustes plumes caudales pour s'appuyer au tronc, un bec-marteau-piqueur et
une langue interminable permettant, tel le caméléon, de harponner les larves et les
insectes se croyant bien à l'abri sous l'écorce (les imprudents). |
![]() © La Plume - Renan Levaillant |
Les pics comptent une dizaine d'espèces en Europe, et pour info, une douzaine rien que
dans l'est Nord-Américain. Ils élaborent une jolie déclinaison de tailles et
de couleurs, dont cinq formes caractéristiques sont représentées ci-contre,
par taille décroissante de haut en bas, mais pas à l'échelle tant les
écarts de corpulence sont importants ; jugez plutôt : du pic noir (en haut),
de la taille d'un choucas, au pic épeichette (en bas) comparable à un
moineau, y'a comme une marche ! Le Pic cendré (deuxième) se distingue du Pic vert par le gris du cou, le Pic épeiche (n° 3) concurrence ce même Pic vert en termes de fréquence d'apparitions, le Pic mar (n°4) est une peu moins commun que son compère sus-nommé, quant au Pic tridactyle (n°5), il fait le malin en n'ayant que trois doigts au lien de quatre comme les autres (d'où son nom) et une calotte jaune des plus anticonformistes. |
| Je n'ai pas achevé ma remontrance envers les ignares et les distraits. D'autres oiseaux que les pics se font appeler piverts parce qu'ils ont le malheur d'aimer la grimpette. Citons en particulier l'adorable Sittelle torchepot (ci-contre), hôte commun de nos jardins mais que le grand public ignore superbement (voir l'article sur la question)! Il y a aussi les grimpereaux (des bois ou des jardins), au plumage brun et au bec recourbé caractéristique. | ![]() |
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Dans le petit monde de la littérature pour enfants, il y a un Monsieur qui mérite toute notre considération : Antoon Krings, Français d'origine danoise, propose à nos petits une collection d'albums dont les dessins croquignolets illustrent une prose riche et pleine de finesse, donc très pédagogique et instructive.
| Ainsi, mon petit garçon s'est longtemps et intensément creusé les méninges pour comprendre la
subtilité de l'exclamation "Il me coasse les oreilles, celui-là !" poussée par Ursule la Libellule à
l'encontre de son voisin par trop bruyant, Renato le Crapaud. A ce propos, les rôles-titres des ouvrages, à eux seuls, sont rigolos : Chloé l'araignée, Frédérique le moustique, Oscar le cafard, Hugo l'asticot... |
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Où sont les oiseaux, là-dedans ? J'y viens : Antoon Krings nous a récemment
offert les aventures de Solange la mésange, aux prises avec le coucou échappé
de la pendule de Benjamin le lutin. Mais au fait, Solange la mésange, d'accord, mais
quelle mésange ? Il ne fait aucun doute que Solange est une ravissante Mésange bleue : poitrine jaune soutenu, calotte et aile bleues, manteau bleu-vert, joues blanches, masque noir. |
| La Mésange charbonnière, plus grosse que Solange, est vêtue d'une cagoule et d'un cache-nez noirs de suie. Le jaune vif se retrouve surtout chez le mâle (specimen ci-contre), alors que Madame adopte un ton plus pastel. | ![]() |
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La Mésange nonnette, elle, fait dans le sobre avec son béret noir rabattu jusqu'à l'oeil et le ton gris-brun du reste du costume. Elle a la particularité... ... de ne pas en avoir assez, de particularités, pour que moi, piètre observateur, je la distingue sans coup férir de ses quasi-sosies Mésanges lapone et boréale. |
| Par contre, la Mésange huppée fait un réel effort de distinction en arborant cette jolie huppe à dessins en écailles. | ![]() |
Mais en matière d'illustration, je me rattrape illico en vous présentant la Mésange à longue queue (famille des aegithalidés. Je dis que je me rattrape, car la représentation ci-après de cette ravissante hôtesse de nos jardins est et restera la première illustration de ma main sur ce site. Applaudissements.

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Déjà qu'elle subit la vindicte populaire à cause d'une calamiteuse réputation de mauvaise augure, il faut qu'en plus la Corneille noire n'ait même pas le droit qu'on l'appelle par son vrai nom. C'est en effet par "corbeau" que le bas peuple (composé de tous ceux qui se tapent de l'ornithologie, ces cuistres) désigne le malheureux volatile.
Devant cette méprisante approximation béotienne, je broie du noir.
J'en broie tellement que j'en ai un stock pour dépeindre ceux qui, des corvidés,
ont choisi de porter le deuil toute leur vie, et pour ainsi vous éviter toute confusion,
à l'avenir (passque les confusions, ça m'énerve).
C'est pourtant pas compliqué, flûte : ce que vous appelez corbeau est la plupart du
temps une corneille. Les rares fois où vous avez raison (ou du bol) de dire "corbeau" sont vite
trouvées :
| Cas n°1 : Vous êtes dans un lieu vraiment sauvage, typiquement en montagne,
lorsqu'un GRAND oiseau noir vous survole. Avec un peu de chance, il vous gratifie de son cri
gutural et varié faisant plus penser à un plaisantin qui flatule de la bouche dans un
haut-parleur qu'au conventionnel croassement. C'est sa majesté le Grand Corbeau.
Faute de le voir simultanément avec sa consoeur la corneille, on ne se rend pas
forcément compte de son impressionnant gabarit. Voilà pourquoi mon sens inné de la
pédagogie m'a inspiré la représentation à l'échelle de leurs
silhouettes respectives : 1,20 m d'envergure pour le grand corbeau, contre 90 cm pour la corneille. Notez au passage la queue du grand corbeau, cunéiforme, comme disent les spécialistes. |
![]() © La Plume - Renan Levaillant
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![]() © La Plume - Renan Levaillant
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Cas n°2 : Vous vous trouvez plutôt en plaine, en particulier dans une zone de
cultures. Une bande bruyante d'oiseaux noirs cherche pitance au sol. A bien y regarder, vous
leur trouvez un je-ne-sais-quoi de plus macabre que d'habitude... ça y est, vous y êtes :
c'est ce bec dont la base est complètement déplumée, qui accentue l'effet
"croque-mort" de l'animal (ci-contre). Ne cherchez plus : vous avez affaire au Corbeau freux. Si les corbeaux freux passent une bonne partie de la sainte journée à se dandiner et picorer au sol comme des poules, ils savent aussi faire admirer de splendides balets aériens à faire pâlir d'envie la Patrouille de France. Comme quoi on peut avoir l'air un tantinet lugubre et malgré tout susciter l'admiration des curieux de la Nature. |
Bien sûr, les plus bigleux trouveront encore le moyen de confondre celle-ci avec le Choucas des tours, mais là, je renvoie ces attardés à un article plus ancien de La Plume, qui traitait déjà du choucas, et d'une autre confusion hyper-classique avec cette fois le chocard (quel méli-mélo !).
Bon, c'est pas le tout, mais de ressasser ainsi des idées couleur de charbon, ça
me mine (elle est bonne)...
Alors revenons à une humeur plus colorée en rappelant que les corvidés
comptent aussi dans leurs rangs des espèces qui réveillent la palette du dessinateur,
commme le Geai des chênes, l'un de mes oiseaux préférés ; si bien
que je n'ai pas résisté à vous en croquer un, ci-dessous.

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