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Il y a pics et pics (et colégram)

-"Pourquoi y'a que pour quelques pékins pas cons qu'y a pas qu'un pic, mais un paquet de pics ?" s'interroge le Pic vert en martyrisant la surface du tronc.
-"Moi, je me pique de le savoir" répondra ce dernier sur l'air des cactus, pour peu qu'il se prénomme Jacques (hu, hu, hu).
Par cette frappante question, notre volatile dénonce l'immense majorité des promeneurs sylvestres, qui ne savent baptiser les différents oiseaux grimpeurs autrement que par le standard "pivert". C'est par trop réducteur. Vous vous imaginez, vous, nommer "chat" tout représentant des félins ? Si oui, allez donc faire un tour dans la fosse aux tigres du zoo de Vincennes, muni d'une boîte de Ronron, et revenez m'en parler (si vous pouvez).
Le Pic vert est le membre le plus connu de l'ordre des piciformes, ces oiseaux qui entretiennent leur santé en pratiquant la natation...(blanc)... mais naann, j'rigole. Dans les piciformes, nous avons les picidés, la famille des pics.
Le pivert, ou Pic vert
Les pics ont une morphologie commune très caractéristique : aptitude à grimper grâce à des doigts en opposition (4 sauf avis contraire, voir plus loin), de robustes plumes caudales pour s'appuyer au tronc, un bec-marteau-piqueur et une langue interminable permettant, tel le caméléon, de harponner les larves et les insectes se croyant bien à l'abri sous l'écorce (les imprudents).

de h. en b. : Pic noir, cendré, épeiche, mar, tridactyle 
et épeichette
Les pics comptent une dizaine d'espèces en Europe, et pour info, une douzaine rien que dans l'est Nord-Américain. Ils élaborent une jolie déclinaison de tailles et de couleurs, dont cinq formes caractéristiques sont représentées ci-contre, par taille décroissante de haut en bas, mais pas à l'échelle tant les écarts de corpulence sont importants ; jugez plutôt : du pic noir (en haut), de la taille d'un choucas, au pic épeichette (en bas) comparable à un moineau, y'a comme une marche !
Le Pic cendré (deuxième) se distingue du Pic vert par le gris du cou, le Pic épeiche (n° 3) concurrence ce même Pic vert en termes de fréquence d'apparitions, le Pic mar (n°4) est une peu moins commun que son compère sus-nommé, quant au Pic tridactyle (n°5), il fait le malin en n'ayant que trois doigts au lien de quatre comme les autres (d'où son nom) et une calotte jaune des plus anticonformistes.
Seul le Torcol fourmillier fait figure d'excentrique de la famille avec son bec beaucoup plus court, sa queue molle ne pouvant servir d'appui et son plumage dans les teintes brunes avec de jolis dessins (vous n'aurez pas de photo, vous n'avez pas été assez sages).

Je n'ai pas achevé ma remontrance envers les ignares et les distraits. D'autres oiseaux que les pics se font appeler piverts parce qu'ils ont le malheur d'aimer la grimpette. Citons en particulier l'adorable Sittelle torchepot (ci-contre), hôte commun de nos jardins mais que le grand public ignore superbement (voir l'article sur la question)! Il y a aussi les grimpereaux (des bois ou des jardins), au plumage brun et au bec recourbé caractéristique. Renversant, non ?
Cet article touchant à sa fin, chantons en coeur sur l'air des lampions :

Ham, stram, gram
Pic et pic et colégram
Je ne suis plus un quidam
Quand je récite à la dame
Les espèces qui grimpent aux arbres
(la dernière rime est un drame)
Ham, stram, gram.

RL - Septembre 1999 / Rév. Novembre 2000

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Pas de mélange dans les mésanges

Dans le petit monde de la littérature pour enfants, il y a un Monsieur qui mérite toute notre considération : Antoon Krings, Français d'origine danoise, propose à nos petits une collection d'albums dont les dessins croquignolets illustrent une prose riche et pleine de finesse, donc très pédagogique et instructive.
Ainsi, mon petit garçon s'est longtemps et intensément creusé les méninges pour comprendre la subtilité de l'exclamation "Il me coasse les oreilles, celui-là !" poussée par Ursule la Libellule à l'encontre de son voisin par trop bruyant, Renato le Crapaud.
A ce propos, les rôles-titres des ouvrages, à eux seuls, sont rigolos : Chloé l'araignée, Frédérique le moustique, Oscar le cafard, Hugo l'asticot...
Ursule la libellule
Si j'osais, je m'essaierais volontiers à ce genre de création, peut-être sur des espèces encore moins médiatiquement correctes que celles de M. Krings. J'aurais déjà deux projets en tête :

Solange, la mésange bleue Où sont les oiseaux, là-dedans ? J'y viens : Antoon Krings nous a récemment offert les aventures de Solange la mésange, aux prises avec le coucou échappé de la pendule de Benjamin le lutin. Mais au fait, Solange la mésange, d'accord, mais quelle mésange ?

Il ne fait aucun doute que Solange est une ravissante Mésange bleue : poitrine jaune soutenu, calotte et aile bleues, manteau bleu-vert, joues blanches, masque noir.

Ceci dit, des mésanges, il y en a beaucoup d'autres. Que M. Krings me pardonne, mais je vais appliquer à Solange la technique ultra-sophistiquée de la retouche numérisée pour vous en présenter quelques unes.

La Mésange charbonnière, plus grosse que Solange, est vêtue d'une cagoule et d'un cache-nez noirs de suie. Le jaune vif se retrouve surtout chez le mâle (specimen ci-contre), alors que Madame adopte un ton plus pastel. Bébert, le mâle de la mésange 
charbonnière
Jeannette, la mésange nonnette La Mésange nonnette, elle, fait dans le sobre avec son béret noir rabattu jusqu'à l'oeil et le ton gris-brun du reste du costume. Elle a la particularité... ... de ne pas en avoir assez, de particularités, pour que moi, piètre observateur, je la distingue sans coup férir de ses quasi-sosies Mésanges lapone et boréale.
Par contre, la Mésange huppée fait un réel effort de distinction en arborant cette jolie huppe à dessins en écailles. Aglaé, la mésange huppée
Enfin, on ne peut pas passer à côté de deux merveilles de "mésanges", même si aucune n'appartient à la famille officielle des mésanges, celles des paridés :
La Mésange à moustaches (famille des timaliidés): imaginez une belle paire de bacchantes pendant de chaque côté du bec de Monsieur, oiseau replet brun, à longue queue et tête grise. Volatile fort difficile à observer dans les roselières, ce qui expliquera que je ne vous présente aucune illustration.

Mais en matière d'illustration, je me rattrape illico en vous présentant la Mésange à longue queue (famille des aegithalidés. Je dis que je me rattrape, car la représentation ci-après de cette ravissante hôtesse de nos jardins est et restera la première illustration de ma main sur ce site. Applaudissements.

Iseult, la mésange à longue queue

RL - Janvier 2000

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Je broie du noir pour la corneille

Déjà qu'elle subit la vindicte populaire à cause d'une calamiteuse réputation de mauvaise augure, il faut qu'en plus la Corneille noire n'ait même pas le droit qu'on l'appelle par son vrai nom. C'est en effet par "corbeau" que le bas peuple (composé de tous ceux qui se tapent de l'ornithologie, ces cuistres) désigne le malheureux volatile.

Devant cette méprisante approximation béotienne, je broie du noir.

J'en broie tellement que j'en ai un stock pour dépeindre ceux qui, des corvidés, ont choisi de porter le deuil toute leur vie, et pour ainsi vous éviter toute confusion, à l'avenir (passque les confusions, ça m'énerve).
C'est pourtant pas compliqué, flûte : ce que vous appelez corbeau est la plupart du temps une corneille. Les rares fois où vous avez raison (ou du bol) de dire "corbeau" sont vite trouvées :
Cas n°1 : Vous êtes dans un lieu vraiment sauvage, typiquement en montagne, lorsqu'un GRAND oiseau noir vous survole. Avec un peu de chance, il vous gratifie de son cri gutural et varié faisant plus penser à un plaisantin qui flatule de la bouche dans un haut-parleur qu'au conventionnel croassement. C'est sa majesté le Grand Corbeau. Faute de le voir simultanément avec sa consoeur la corneille, on ne se rend pas forcément compte de son impressionnant gabarit. Voilà pourquoi mon sens inné de la pédagogie m'a inspiré la représentation à l'échelle de leurs silhouettes respectives : 1,20 m d'envergure pour le grand corbeau, contre 90 cm pour la corneille.
Notez au passage la queue du grand corbeau, cunéiforme, comme disent les spécialistes.

Rasé de près avec Gillette
Cas n°2 : Vous vous trouvez plutôt en plaine, en particulier dans une zone de cultures. Une bande bruyante d'oiseaux noirs cherche pitance au sol. A bien y regarder, vous leur trouvez un je-ne-sais-quoi de plus macabre que d'habitude... ça y est, vous y êtes : c'est ce bec dont la base est complètement déplumée, qui accentue l'effet "croque-mort" de l'animal (ci-contre). Ne cherchez plus : vous avez affaire au Corbeau freux.
Si les corbeaux freux passent une bonne partie de la sainte journée à se dandiner et picorer au sol comme des poules, ils savent aussi faire admirer de splendides balets aériens à faire pâlir d'envie la Patrouille de France. Comme quoi on peut avoir l'air un tantinet lugubre et malgré tout susciter l'admiration des curieux de la Nature.

Voilà : tout oiseau du genre "corbeau" ne correspondant pas aux deux cas ci-dessus sera fort vraisemblablement une corneille noire.

Bien sûr, les plus bigleux trouveront encore le moyen de confondre celle-ci avec le Choucas des tours, mais là, je renvoie ces attardés à un article plus ancien de La Plume, qui traitait déjà du choucas, et d'une autre confusion hyper-classique avec cette fois le chocard (quel méli-mélo !).

Bon, c'est pas le tout, mais de ressasser ainsi des idées couleur de charbon, ça me mine (elle est bonne)...
Alors revenons à une humeur plus colorée en rappelant que les corvidés comptent aussi dans leurs rangs des espèces qui réveillent la palette du dessinateur, commme le Geai des chênes, l'un de mes oiseaux préférés ; si bien que je n'ai pas résisté à vous en croquer un, ci-dessous.

Le geai des chênes

RL - Mai 2000

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